écrit et mis en scène par Manon Heugel
et joué par la compagnie « Le Théâtrouche »
« Je ne suis pas un mur sous la neige d’une boule qu’on retourne, ni un porte-clefs, ni une carte postale. Je ne suis ni les mots d’un président américain sur les vestiges d un mur, ni les oeuvres de l’artiste dans son squat, ni un parlement qui flambe et tremble sous la botte de cuir noir. Je suis la plus belle ville du monde, pas une de ces beautés qu’on cueille en photo. Je murmure la fraîcheur de la Spree, mon fleuve ruisselant d’argent, froid comme l’acier, doux comme la glace lisse. Je dis la vérité de corps vieux, croulants sous le poids du passé, muets témoins à aimer. Je crie la splendeur de mon béton, arme contre l’oubli, Renaissance aux lourdes proportions, si vivante. Je hurle que mon âme n’est pas violente, qu elle n’est ni noire ni rouge, et qu’il faut venir la prendre !
Je suis Berlin, rien que Berlin. Apprivoisez-moi.
Sentez !
Cette odeur, c’est celle du charbon que l’on monte dans les étages des quartiers de l’Est. Ah et celle-ci, la connaissez-vous? C’est celle des petits pavés lustrés, sentant presque la cire d’abeille, dans le quartier Nicolai. Ici le café crème que l’on fait chauffer pour un étudiant gelé et heureux, la tête pleine de phrases, dans la cafétéria de l’université Humboldt. Là l’odeur des cuisines pleines de légumes bios, de thé aux épices, de soja et de sauge. Touchez la pierre pastel, verte, bleue et rose des immeubles, le stuc qui rit de sa rencontre avec le béton ! Flattez de votre main les angles durs des rues, pour qu’ils se plient à vos désirs. Caressez l’herbe de Tiergarten pour qu’elle vous offre son lit près de l’eau. Ecoutez le souffle silencieux du métro, le sifflement nostalgique du tram jaune, tendez l’oreille vers les roues de vélos qui tournent, tournent, tournent !
Je suis Berlin. Rien que Berlin. Apprivoisez-moi. »