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Juillet 2001 : Un banlieusard à Berlin


   Berlin… Quand j’ai découvert cette ville, j’avais 20 ans. C’était l’été, les vacances. J’avais décidé de retourner en Allemagne après une période de 2 ans qui avait sérieusement attaqué mes capacités linguistiques. J’avais choisi cette ville pour son aura fascinante, mystérieuse. Les méandres de l’histoire, le mur, la réunification : toute une imagerie de duplicité, d’indéterminé.

   Une première étape : le logement. Facilement, je trouvai une place dans une « Kommune » de 12 chambres, dans Friedrichshain, à quelques encablures de la Karl Marx Allee. L’annonce à laquelle j’avais répondu était explicite. La coloc/commauté était homo-plus-que-friendly. Je débarquais donc dans un loft peuplé d’une lesbienne étudiante en science-po militante, un couple qui voulait offrir à leur petite fille une forme de multiparentalité, un stagiaire français paumé, un doctorant en philo américain dont le but était de lire Hegel dans le texte,… J’avais trouvé un condensé de l’Allemagne que j’avais appris à aimer au travers de voyages et de rencontre précédentes : un pays où les cultures alternatives sont plus vivantes, plus assumées qu’en France.

   C’est finalement cette diversité que Berlin m’a offerte, à l’échelle d’une métropole. Chaque quartier de Paris a son ambiance distincte, mais la marque de l’uniformisation Haussmannienne est omniprésente. Où que l’on se trouve, un boulevard n’est jamais loin, alignant ses immeubles bourgeois du XIXe, ses balcons filants, ses toitures à la Mansart. Berlin à l’inverse est un immense Patchwork. De l’impressionnante et martiale Karl Marx Allee au champêtre Tiergarten, de la High-Tech Potsdamer Platz au quartier industriel de la Ostbahnhof, quelques arrêts de U-bahn nous transportent d’un univers à l’autre, sans transition.
 

  Berlin m’a aussi frappé par l’impression de grandeur déchue qui s’en dégage, et que j’ai ressenti dans plusieurs autres villes post-communistes. Les épaves d’un système gigantesque, d’un empire disparu se sont échouées dans cette ville. Quartiers d’immenses immeubles « plattenbau », noms de rue, bâtiments publics, les vestiges sont là, issus d’un temps passé. Elles remplissent la ville de fantômes.

   Comme presque toutes les agglomérations d’Allemagne de l’Est, Berlin a perdu une partie non négligeable de sa population ces dernières décennies. Barres des années 60 et opérations immobilières de l’après réunification, de nombreux bâtiments sont vides. Certains quartiers, certains immeubles paraissent jaillis de poèmes romantiques, ruines indiquant le passage de civilisations passées.

   Mais malgré tout la ville hésite : elle ne se laisse pas aller à un ressassement de ses passés. Les espaces laissés vides deviennent des espaces de liberté et de créativité. Squats d’artistes, bars sauvages, clubs improvisés, ils donnent lieu à des événements éphémères et à des installations pérennes. Ils limitent la pression foncière et permettent à tous de profiter de la vie culturelle trépidante d’une capitale européenne.

   En 2001, Berlin n’avait pas « pris » économiquement. Les espoirs d’une explosion de la nouvelle capitale de l’Allemagne avaient attiré des investissements énormes, mais le « marché » n’avait pas encore suivi. La ville faisait l’école buissonnière, tirant la langue aux requins de la finance. La ville était un peu dans les limbes, se refusant à concrétiser les attentes des analystes et planificateurs. C’est en partie cette position d’instabilité qui m’a touché. Le fait de sentir la ville au bord du basculement, à une croisée des chemins.

   M. Beck

 
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