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Frank Castorf ou l'art du joyeux chaos
"Hedda Gabbler" mise en scène de Thomas Ostermeier
"Le songe d'une nuit d'été"
mise en scène de Thomas Ostermeier
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« La pièce d’Ibsen m’intéresse
parce qu’elle pénètre dans la réalité
de la relation homme-femme et dans la cage d’or que constitue la
famille bourgeoise. » dit Thomas Ostermeier . Car ce sont les conventions
et l’aspiration à mener la vie bourgeoise a laquelle elle
est promise qui ont jeté Hedda dans cette frustration qui se transforme
en folie.
Hedda Gabbler, fille d’un prestigieux capitaine,
a préféré épouser Jörgen Tesman, historien
terne, plutôt que Eilert Lövborg, son amour caché, qui
n’offrait pas de perspective de réussite financière
et sociale. La pièce commence lorsque le couple revient de leur
voyage de noces et vient de s’installer dans leur maison. Hedda
s’ennuie, est déjà lassée des habitudes de
son mari, qui n’a rien trouvé de mieux comme voyage de noce
que d’emmener Hedda pendant six mois suivre ses recherches historiques,
et qui ne peut pas se passer de sa tante. Elle déteste déjà
son mariage et cette maison, dont elle a fait croire à Jörgen
que c’était celle de ses rêves. Mensonge déjà,
pour le séduire, pour avoir un point commun, un projet. Lui, excité
à l’idée de sa prochaine nomination comme professeur,
ne voit rien, pas même lorsque son conseiller juridique, Brack,
convoite Hedda.

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Elle a choisi le mariage avec un homme à la carrière
prometteuse, le confort d’une vie bourgeoise, mais tout bascule
lorsqu’elle apprend que Lövborg, de retour en ville, ne boit
plus et a écrit un ouvrage brillant qui met en péril le
poste convoité par son mari. Par crainte de la déchéance
sociale et par goût de la domination, Hedda reprend son ascendant
sur Lövborg, le manipule pour qu’il recommence à boire,
lui vole son manuscrit, enfin le pousse au suicide. Hedda, comprenant
qu’elle a fait le mauvais choix, mais incapable de s'extraire de sa condition, cherche par séduction et intimidation à dominer tous
les protagonistes (son mari, Lövborg, Brack, Madame Elvsted, qui
est la maîtresse de Lövborg et l’aide à écrire
son prochain livre), mais la situation lui échappe. Une histoire
de rapports de pouvoir et de domination, de pouvoir sur les autres et
sur sa vie, une histoire qui nous parle de réussite et de déchéance
sociale, de conventions, d’apparences et de mensonges, de passion
et d’indifférence, une histoire de désillusions, de
folie et de destruction.
Ostermeier nous livre une version magnifique de cette
pièce, une adaptation moderne (téléphone portable,
ordinateur) et très esthétique. A la différence de
Castorf, ici tout est sobre et la mise en scène est réaliste.
La scénographie de Jan Pappelbaum est superbe: la scène,
vaste rectangle au sol verni noir, reconstitue la maison du couple, avec
pour tous décors ses murs bruts et son grand canapé design
(les vases de fleurs présents au début étant rapidement
détruits par Hedda, qui s’amuse à faire des cartons
avec les armes de son père). Pappelbaum joue sur la transparence
et les reflets, avec une baie vitrée faite de parois coulissantes
sur toute la longueur du salon, que les comédiens ouvrent et ferment
sans cesse, rythmant la pièce, et l’effet des gouttes de
pluie ruisselantes sur ces vitres, qui semblent couler comme des larmes
par transparence sur le visage d’Hedda.

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