Frank Castorf
ou l'art du joyeux chaos

"Hedda Gabbler"
mise en scène de Thomas Ostermeier

"Le songe d'une nuit d'été"
mise en scène de Thomas Ostermeier

   L’artiste Jonathan Meese, né à Tokyo et vivant à Berlin, a réalisé les décors et les costumes de la pièce. Son univers artistique trash et exubérant, à l’opposé de l’art minimal et conceptuel en vogue en Allemagne depuis les années 70, correspond parfaitement à Castorf, qui a déjà travaillé avec lui pour « Cocaïn » de Pitigrilli en 2004. Castorf explique : « Un opéra comme Meistersinger n’a pas constitué impunément la clé de voûte de l’œuvre d’art total national-socialiste de 1933. La monter avec un artiste comme Meese, qui incarne tout ce qui a été à l’époque dénoncé comme « dégénéré », c’est aux antipodes et c’est ce pied de nez qui me plaît. Dans notre version, le Moyen-age entrera en collision avec le vaisseau Enterprise (…) Les commentaires dont Meese sature la scène mettent en branle une démarche intellectuelle radicalement autre. C’est justement ça que je trouve excitant ».

« Im Dickicht der Städte » de Bertolt Brecht à la MC93 Bobigny (du 16 au 18 février 2007)

   « Dans la jungle des villes » est une pièce de jeunesse de Bertolt Brecht, écrite en 1923 et remaniée en 1927. L’histoire se déroule dans le Chigago sombre de 1912 et retrace le duel à mort entre Schlink, riche négociant en bois, et le jeune Garga, idéaliste fauché. Ces deux personnages se livrent pour une raison inexpliquée à une lutte terrible : mensonges, manipulations, prostitution, meurtre… tous les coups sont permis jusqu’à destruction de l’autre.

 

   Sur scène, c’est toujours la même énergie qui se dégage, le même excès, le même humour, le même refus du réalisme, de la psychologie. Les comédiens crient, chantent, gesticulent et divaguent, la mise en scène est physique et survoltée, le texte étrange et difficile. On retient particulièrement la performance de Milan Peschel (que l’on retrouve dans le film « Tout ira bien » de Robert Thalheim) dans le rôle du paumé Georg Garga.

   Les trouvailles scéniques sont nombreuses : le rideau argenté très cheap avec lequel jouent les acteurs, le vacarme de la rue quand la porte s’ouvre, la musique en live par un guitariste rock, les néons démontables, l’ambiance du quartier chinois de Chicago, la comédienne qui dévore furieusement et crache sa pastèque en hurlant son texte, le livre de Garga ensanglanté, la pluie, les tas de vêtements partout… Une fois encore Castorf s’amuse à mettre le bazar sur scène pendant toute la pièce, et à la fin le sol est jonché d’objets, de vêtements, d’eau, de sang, de jus de pastèque, la scène recouverte de dalles de béton s’écroule…

   On en ressort, tout comme pour son « Meistersinger », étourdi et conscient d’avoir vécu un moment de théâtre intense et unique.

 
Rejoignez nous Le blog de TAKT Partenaires Contact