Frank Castorf
ou l'art du joyeux chaos

"Hedda Gabbler"
mise en scène de Thomas Ostermeier

"Le songe d'une nuit d'été"
mise en scène de Thomas Ostermeier

Talent, trash et humour :
Frank Castorf ou l’art du joyeux chaos  


  Cette année on a pu assister à deux spectacles mis en scène par Frank Castorf, le directeur de l’avant-gardiste « Volksbühne » de Berlin : « Die Meistersinger » de Wagner à Chaillot et « Im Dickicht der Städte » de Bertolt Brecht à la MC93 de Bobigny, en allemand surtitré.

   Ce metteur en scène de 56 ans, consacré « metteur en scène de l’année » à cinq reprises par la revue Theater heute et récompensé par le Kortner-Preis en 1994, est autant admiré que détesté, ses spectacles, provocants, sont toujours controversés, mais il a réussi à maintenir la Volksbühne dans son rôle de foyer du renouveau de la mise en scène, après des artistes comme Max Reinhardt, Erwin Piscator ou encore Heiner Müller et a su en faire un lieu bouillonnant et collant à son époque et à sa ville, avec du théâtre mais aussi de la danse, des concerts de rock ou d’électro, des soirées aussi bien clubbing que tango, des débats politiques ou philosophiques, des salons littéraires, des réunions d’associations d’immigrés, des installations d’art contemporain…

« Die Meistersinger » d'après Richard Wagner et Ernst Toller  (10 au 12 janvier 2007 au théâtre national de Chaillot)

   Castorf a réalisé un surprenant montage des « Maîtres chanteurs de Nuremberg » de Wagner  et de « Masse Mensch » du révolutionnaire Ernst Toller, deux expressions de l’histoire et de la « germanité », l’une écrite en 1867 et situant l’action au Moyen-âge, l’autre de 1919, « une pièce de la révolution sociale du 20ème siècle » (sous-titre de l’œuvre).

L’exaltation nationaliste de l’art allemand contre l’exaltation idéologique communiste. L’œuvre de Wagner est adaptée pour cinq instruments à vent, deux pianos et un chœur composé des collaborateurs de la technique et de l’administration du théâtre. C’est ainsi toute la Volksbühne qui se frotte à Wagner, y compris les acteurs chevronnés de la Volksbühne comme la géniale comédienne Sophie Rois, qui joue Eva et chante de son étrange voie éraillée. Si des personnes ont quittés la salle pendant toute la durée du spectacle, le public a été majoritairement conquis et c’est debout qu’il a applaudi la troupe.

   Les deux œuvres se confrontent, s’entrechoquent, prétextes à un spectacle délirant, foisonnant de trouvailles scéniques. Outrancier et adepte de ce mauvais goût jubilatoire qui crée le décalage avec le réel, Castorf ne s’interdit rien, ne se limite pas et provoque un joyeux fatras plein de surprises : les apparitions des protagonistes se font dans des fausses jeep en bois, dans une vraie voiture très bruyante ou dans des caisses à roulettes, un gigantesque cheval de Troie vomit du liquide blanchâtre, les costumes des vénérables maîtres-chanteurs sont ridicules, des détritus jonchent le sol qui sont en fait des grenouilles et crustacés en plastique, les portes et le décor, qui est entièrement taggué de slogans (pour la plupart incompréhensibles), s’escamotent, tour à tour prison et demeure du moyen-âge…

 

 
Rejoignez nous Le blog de TAKT Partenaires Contact