Un peu d’histoire
Sous la DDR, les artistes devaient avoir une accréditation pour représenter ou publier leurs œuvres. Dans les milieux artistiques à l’époque, il y avait à la fois contestation et délation (les IM : Inoffizielle Mitarbeiter, collaborateurs officieux, étaient nombreux, comme Christa Maria dans le film). La polémique la plus connue est celle autour de la célèbre écrivain de la RDA Christa Wolf, qui avait raconté dans un roman en 1990 (« Was bleibt ») l’oppression de la surveillance exercée à son encontre par la Stasi, et dont on a découvert avec l’ouverture des archives de la Stasi (dès 1991) qu’elle avait elle-même été IM !
Créée en 1950, la Stasi (abréviation de Ministerium für Staatssicherheit, ministère pour la Sécurité de l'Etat) connaît une évolution de ses fonctions adaptées aux différentes étapes de construction de la RDA : de sa fondation à 1958 elle exerce une répression brutale et ouverte contre tous les opposants - réels ou supposés- au régime ; de 1958 au début des années 1970, d'institution répressive, elle se transforme progressivement en organe de surveillance ; de 1970 à 1989, elle perfectionne sa fonction de surveillance grâce au quadrillage du pays par un réseau d'informateurs non officiels.
En quarante ans, l'officier de la Stasi a lui aussi évolué. Il ne pouvait se contenter d'être seulement brutal. Dès lors que la violence devait perdre de sa visibilité et que les sanctions « douces » (mises à l'écart, mises au placard, harcèlement administratif, etc.) s'étaient substituées à la répression classique, il lui fallait perfectionner ses méthodes, devenir plus discret et plus efficace à la fois.
En 1951 avait été créée, à Potsdam-Eiche, la « juristische Hochschule », école supérieure de droit. Sous ce nom anodin se cachait l'école des cadres de la Stasi. En 1965, cette dernière deviendra « établissement universitaire » et, en 1968, on introduira des cours de psychologie (dite « marxiste-léniniste ») pour apprendre « la psyché de l'ennemi ».
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L'enseignement devient pluridisciplinaire, on y enseigne la sociologie et la communication de masse, les techniques d'influence, on y apprend à évaluer les personnalités (pratique de tests), à conduire des entretiens, et aussi ces fameuses Zersetzungsmassnahmen, ou mesures visant à déstabiliser/détruire la personnalité. Au nombre de ces mesures, les rumeurs que l'on fait courir sur le dissident selon lesquelles, par exemple, il serait un informateur de la Stasi, provoquant ainsi sans explication son isolement et sa mise à l'écart par son entourage ; ou encore, sur des pratiques sexuelles particulières ; enfin des lettres anonymes, le développement de la paranoïa par des cambriolages absurdes et sans trace (par exemple ne voler que des torchons à carreaux, puis revenir et ne voler que des serviettes de bain etc…)
Depuis l'ouverture des archives de la Stasi, plus de 1,6 million de demandes de consultation de dossier personnel ont été déposées, auxquelles s'ajoutent 2,7 millions de demandes de contrôle déposées par des administrations ou des entreprises, pour s'assurer que leurs collaborateurs n'ont pas travaillé pour la Stasi. Surtout, l'intérêt ne faiblit pas: plus de 10 000 demandes parviennent encore chaque mois à l'office fédéral chargé des dossiers de la Stasi.

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