Le premier film du cinéaste de 33 ans Florian Henckel von Donnersmarck a pulvérisé les records de fréquentation en Allemagne et a été récompensé comme meilleur film, meilleur scénario et meilleur acteur pour Ulrich Mühe au festival du cinéma européen, a reçu sept Lolas (équivalent des Césars) au Prix du Film allemand 2006 et été couronné à Hollywood par l'Oscar 2007 du meilleur film étranger. « La vie des autres » a attiré près de 2 millions de spectateurs depuis sa sortie dans les salles allemandes, et plus de 130.000 entrées dès la première semaine de sa sortie en France.
Novembre 1984, à Hohenschönhausen, centre de détention de la Stasi (les services de renseignements) en Allemagne de l'Est, le capitaine Gerd Wiesler (Ulrich Mühe), officier de renseignement modèle, enseigne aux futurs cadres de la Stasi les techniques d'interrogatoire, comme la privation de sommeil.
Lors d'une soirée au théâtre, le ministre de la Culture, Bruno Hempf (Thomas Thiemme), demande au lieutenant colonel Anton Grubitz (Ulrich Tukur) de faire surveiller l'auteur à priori irréprochable de la pièce, Georg Dreyman (Sebastian Koch). Il faut dire que le ministre n'est pas indifférent aux charmes de la compagne de Dreyman, la belle Christa-Maria Sieland (Martina Gedeck)…
Dès le lendemain, Wiesler truffe de micros l'appartement que Dreyman partage avec Christa-Maria et se relaie jour et nuit avec un agent, retranscrivant chaque détail de leur vie. Ainsi sa vie, c’est écouter celle des autres. Lui semble d’ailleurs ne pas avoir de vie, son appartement est vide, il ne fréquente personne, est pétri de réflexes professionnels (il surveille tout le monde même lorsqu’il ne travaille pas), il vit par procuration à travers ceux qu’il surveille. Raide, le regard dur et fixe, il se montre insensible et sans humour. Jusqu’à cette scène ou il écoute Dreyman jouer du piano, la « Sonate de l’homme bon »…
En effet, pénétrant l’intimité du couple par ses écouteurs, à l’affût d’une preuve de rébellion au système, il entend en fait des débats qui le passionnent, des discussions qui l’émeuvent, un couple qui s’aime, cette musique qui le touche.
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La compassion s'installe et vient déstabiliser son adhésion sans faille au régime. Lorsque Dreyman, bouleversé par le suicide de son meilleur ami à cause de l’interdiction de métier qui le touchait, prend contact avec un journaliste du « Spiegel » en RFA, le suspense s’intensifie : Wiesler va-t-il le dénoncer ? Et qu’en est-il des relations troubles entre le ministre et Maria-Christa ?
A la fois film d’espionnage très bien construit et drame psychologique fort, « La vie des autres » nous plonge au cœur du système de surveillance et d'oppression de la RDA, détaillant les méthodes utilisées par la Stasi : interrogatoires tordus, micros, filatures, ouverture des lettres, pressions sur l’entourage, rapports d’écoute d’une précision implacable, interdictions de métier… et nous montre le terrible dilemme auquel furent confrontés les socialistes sincères en voyant ce que le régime était devenu, certains continuant leur vie dans l’indifférence en tâchant d’être un bon citoyen de la RDA, certains restant aveuglés et plaçant la cause au-dessus de tout, d’autres optant pour la dissidence, fuyant le pays ou encore se suicidant.
Un film magnifique, prenant, touchant, à voir absolument !
La « Sonate de l’homme bon » (composée pour le film par Gabriel Yared), est le morceau joué par Dreyman qui bouleverse Wiesler et le fait vaciller dans ses convictions pour la première fois. Florian Henckel von Donnersmarck explique comment lui est venue l’idée du film : «L’idée de la Vie des autres vient d’un récit de Maxime Gorki sur une rencontre avec Lénine. Celui-ci lui parle de son amour pour la musique et plus précisément pour la sonate Appassionata, de Beethoven. Il lui avoue que ce genre de beauté lui donne un grand sentiment de bonheur, l’envie de caresser la tête des gens. Il ajoute que les temps actuels ne lui permettent pas d’écouter Beethoven car il doit casser des têtes, pas les caresser ».
Après « Sonnenallee » et « Good Bye, Lenin ! », « La vie des autres » est, 17 ans après la chute du Mur de Berlin, le premier grand film allemand à traiter du passé en RDA avec sérieux, sans « Ostalgie » teintée d'humour.

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