Peter Zimmermann
"Reliance"

Anselm Kiefer
"Sternenfall"

Alfred Kubin
"Souvenirs
d'un pays à
moitié oublié"

Avec ses grandes tours de béton en ruines entre ciel et terre, d’ou s’échappent des immenses tournesols séchés, Kiefer joue avec le dôme, le cosmos formé par la verrière, créant un dialogue entre la terre et les étoiles jusque dans la forme de l’exposition. Kiefer est en effet fasciné par le mouvement du « Stirb und werden », la mort et la renaissance des étoiles. Kiefer cite volontiers Kant : « Der gestirnte Himmel über mir und das moralische Gesetz in mir » (« le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi »). Il s’intéresse aux deux pôles : « le microcosme en moi-même et le macrocosme des étoiles ». Selon lui, le haut et le bas correspondent et sont interchangeables. Il fait par exemple souvent référence au Sefer Hechaloth, un ancien livre hébreu, dans lequel on trouve l’histoire d’un homme qui traverse sept palais célestes pour connaître l’univers ; et en même temps qu’il gravit le chemin, il descend en lui-même. On également retrouve cela dans le « Faust » de Goethe : « Steigend, steigend, sinke nieder » (« en montant, en montant, tu redescends ») (artpress 334).  On trouve dans plusieurs œuvres des échelles, probablement une allusion à l’Echelle de Jacob, mais ici les barreaux sont cassés, rendant l’ascension comme la descente plus difficiles. Kiefer mêle la science, avec la terminologie de la NASA sur les étoiles, et la spiritualité avec des références à la cabale dans son tableau « La voie lactée ».

Le travail de Kiefer sur la matière est au cœur de ses œuvres. Il travaille avec la nature, jetant de l’eau, de la terre, de la rouille, du sable sur ses toiles, additionnant les éléments végétaux de toutes sortes, fleurs séchées, fougères, broussailles, branchages, confrontant les matières, utilisant des vêtements séchés, du plomb, de la pierre, du plâtre, du verre, de la cendre, de la boue, de la poussière, des cheveux… Il laisse la nature participer à la création, opérer sur ces matières, laissant ses toiles sous la pluie, utilisant de la rouille pour ses rouges…
Kiefer cultive ses fameuses fleurs séchées dans les serres de son immense atelier du Gard (35 hectares) à Barjac, La Ribaute, dans lequel il est installé depuis 1993.

 On retrouve dans ces fleurs l’idée de vie, de mort et de renaissance. Kiefer utilise également la nature, la géologie en résonance aux différentes strates de signification de l’Histoire, ainsi représentées symboliquement jusque dans les strates sur ses tableaux. On peut y voir aussi un rapport avec la Cabale qui se base sur l’idée des strates de significations présentes dans la Torah. En effet, Dieu aurait donné à Moïse une loi orale, cachée dans le texte de la Torah, en même temps que la loi écrite. On retrouve également la correspondance entre le ciel et la terre, inspirée du mystique anglais Robert Fludd qui considérait qu’à chaque étoile dans le ciel correspond une plante sur la terre.

Une œuvre de cette exposition nous montre bien les thèmes récurrents de Kiefer : « Voyage au bout de la nuit » en hommage au roman de Céline ; il s’agit ici du voyage initiatique de l’humanité, du destin des peuples, avec notamment les guerres dont il faut apprendre (« Schicksale der Völker », « Lehre vom Krieg »). On retrouve sur les murs couverts de tableaux des échelles, des modèles réduits de bateaux rouillés qui voguent tant bien que mal sur la mer ou bien coulent, des pierres, des tournesols séchés, du verre, du plomb, des chiffres mystérieux faisant allusion à la cabale. Un des tableaux s’intitule « Melancholia », en référence à la gravure du même nom de Dürer.

L’Histoire, la nature, les étoiles, Saturne, le plomb, le verre, l’alchimie, les livres, la cabale, la  mélancolie, la poésie…  tout est lié chez Kiefer dans un va-et-vient permanent entre le ciel, la terre et l’intérieur de soi, mais aussi entre la vie, la mort et la renaissance…

A voir :
Le Louvre  a commandé à Anselm Kiefer la réalisation d’un décor pour le palais. Il s’agit d’une réalisation monumentale qui porte sur le thème des constellations et des rites funéraires. Inauguré le 25 octobre 2007, le décor fait désormais partie des oeuvres permanentes du musée.

A lire :
Paul Celan, Choix de poèmes réunis par l’auteur, édition bilingue, Poésie/Gallimard, 1998.

Sur la Cabale ;

Sur Robert Fludd.

 
Rejoignez nous Le blog de TAKT Partenaires Contact