Pour comprendre comment on
a pu laisser un tel crime se commettre, il faut se replacer dans le contexte
de la réunification de l’Allemagne à la fin des années
80. Tout commence pourtant au Palast der Republik, où la Chambre
du Peuple signe l’accord de réunification et l’entrée
des territoires de la RDA dans la République Fédérale
Allemande. Mais quelques mois plus tard, on découvre des traces
d’amiante dans le bâtiment. L’opération dite de « désamiantage
», devait durer huit ans, et voir le palais passer du statut de
symbole de l’Allemagne de l’Est à celui d’un
vaisseau fantôme dénudé et vide de fonction, qui malgré
tous les affronts, gardait fière allure.
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A l’époque
en quasi-faillite, endettée par les travaux de la reconstruction,
la ville de Berlin ne s’occupe alors guère de ce mastodonte
dans lequel on voit plus un gouffre financier qu’un patrimoine historique.
Pourtant certains trouvent dans ce bâtiment un potentiel de mutation
formidable, à l’image de l’association VolksPalast
(le palais du peuple), on y organise des fêtes, des concerts et
des expositions d’une qualité inégalée de mémoire
de berlinois. Des artistes comme Benjamin Foerster-Baldenius, aujourd’hui
célébré dans le monde entier, y font leur premières
armes, portées par le mouvement de création qui souffle
sur le Berlin de la réunification. Il se souvient : « nous
avions complètement inondé le bâtiment et l’on
ne pouvait s’y déplacer qu’en bateau, […]. Cette
première expérience m’a donné le goût
des interventions urbaines, et je l’ai reprise plus tard, dans mon
travail sur l’ouverture des digues néerlandaises »
(Replacing Tulips by Anemonas, 2049, ndlr.).
Malgré cette effervescence
culturelle, le bâtiment, laissé sans protection par le désamiantage,
se délabre peu à peu. Certains le surnomment même
« Ballast der Republik », le boulet de la république
et veulent le voir détruit. Les acteurs du lieu et des artistes
et architectes de tous horizons font alors des propositions de réhabilitation
du bâtiment, basées sur les caractéristiques structurelles
exceptionnelles du bâtiment et les potentiels symboliques de celui-ci.
Mais déjà des associations se sont créées
pour promouvoir le projet de reconstruction du Château des Hohenzollern.
Profitant insidieusement du manque de moyens de la ville, leurs dirigeants
proposent une reconstruction clé en main, basée sur le mécénat
privé. Le futur bâtiment pourra servir d’extension
aux différents musées tout proches et sera pourvu, pour
déjouer toute accusation de conservatisme, de trois façades
intérieures modernes. A la suite d’une opération de
lobbying appuyé, le Bundestag se prononce en faveur du projet en
février 2005.
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